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Publié le 18 février 2026 • 17:00 par Charlotte Guerdoux

WorldSSP, Interview, Ana Carrasco : « À mes débuts en mondial, je me mettais beaucoup de pression, je n’étais jamais contente »

Rencontre avec Ana Carrasco lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui s'apprête à disputer sa seconde saison en Mondial Supersport.

Rencontre avec Ana Carrasco lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui s’apprête à disputer sa seconde saison en Mondial Supersport.

Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Ana Carrasco. Seule pilote non francophone présente, l’Espagnole évolue en Championnat du monde Supersport au sein de la structure de Honda France, aux côtés de Corentin Perolari, que nous avons également rencontré.

Bien connue du monde de la moto, Ana Carrasco a évolué en Championnat du monde Moto3 et en Championnat du monde Supersport 300, où elle a décroché le titre en 2018, avant d’être la première pilote sacrée de l’histoire du Championnat du monde féminin en 2024. L’an dernier, elle a fait ses débuts en Championnat du monde Supersport et s’apprête à disputer sa seconde saison.

Ana Carrasco

Bonjour Ana. On se retrouve avant le début de la nouvelle saison de Supersport [elle commence ce week-end en Australie, ndlr.]. Avant de l’évoquer, on va revenir sur celle de 2025. Comment tu as vécu un tel changement, en passant de ton titre de Championne du monde en WorldWCR au fait de repartir de zéro en Supersport ?

Oui, c’est vrai que 2025 a été une saison difficile. Je savais que ça se passerait comme ça parce que je n’avais jamais couru dans cette catégorie auparavant et quand on change de catégorie, de moto, d’équipe, on doit apprendre beaucoup de choses et c’est difficile d’être au niveau dès le départ. Mais dans l’ensemble, je suis assez contente parce que j’ai terminé la saison bien plus forte que je ne l’étais au début. Je pense avoir acquis beaucoup d’expérience dans cette catégorie. C’est vrai que les résultats ont été difficiles à obtenir mais on n’a pas non plus le projet et la moto qui nous permettent de penser à la victoire. Je le prends donc comme une expérience d’apprentissage, en essayant de progresser et de développer la moto pour qu’elle s’améliore à chaque fois, et surtout de passer un cap en 2026, tant au niveau du pilotage que de la mécanique.

Justement, comment tu vois cette nouvelle saison ?

J’espère qu’elle se déroulera bien. Actuellement j’essaye de faire une bonne pré-saison et j’ai légèrement modifié mon entraînement physique pour progresser encore. Concernant la moto, je sais qu’ils travaillent au Japon pour nous fournir une machine plus compétitive cette saison, mais on verra bien. Le niveau de compétition dans cette catégorie s’élève chaque année, il y a de plus en plus de marques, les motos sont plus puissantes et nous on a la plus petite moto du plateau. On manque souvent de puissance, il faudra donc voir au début de la saison quel sera le niveau de la moto, quel sera notre potentiel, et essayer de progresser autant que possible à partir de là.

Ana Carrasco

Dans ces conditions, quels sont tes objectifs ?

Mon seul objectif est de progresser, d’améliorer mes résultats de l’année dernière, d’améliorer mes temps au tour sur chaque circuit et d’essayer d’être plus compétitive et plus rapide que l’année dernière. Ce sera déjà un pas en avant. Concernant les résultats, il faudra voir ce que la moto nous permettra de faire et où on pourra se situer de façon réaliste, parce qu’on ne peut pas viser la victoire. Il faut donc faire le point et se fixer des objectifs réalistes.

Tu dis que tu as modifié ton entraînement dans le but de progresser. Sur quoi tu te concentres ?

Eh bien, j’ai essayé d’apporter des changements. J’ai changé toute mon équipe de préparation physique, mon entraîneur, tout le système, parce que c’est un grand changement de catégorie et je pense pouvoir encore progresser physiquement. Je suis une pilote assez petite et je dois être aussi forte que possible. J’essaye donc d’améliorer les points sur lesquels j’ai vu l’an dernier que je pouvais progresser, en me concentrant principalement sur la préparation physique, la nutrition aussi, et maintenant, je commence l’entraînement à moto pour arriver la plus préparée possible pour les tests officiels avec l’équipe.

Ce roulage à Carthagène est donc ta première journée sur circuit de l’année. Comment ça se passe ?

Bien. Depuis le dernier test qu’on avait fait fin novembre, je n’avais pas roulé sur un grand circuit, et honnêtement, ça s’est bien passé. Je suis contente, je retrouve le rythme, il faut s’adapter mentalement à la vitesse, mais c’était une bonne journée, et j’espère qu’aujourd’hui sera encore mieux.

Tu as commencé l’hiver avec deux opérations. Tu es complètement remise ?

Oui, je vais bien. J’ai été opérée en fin de saison parce que depuis le milieu de l’année dernière, j’avais des problèmes à l’avant-bras et je voulais me faire opérer au plus vite. J’ai aussi subi une opération au pied parce que j’avais une plaque à la suite d’une ancienne chute, et j’en ai profité pour me la faire retirer. Je suis remise à 100% et j’essaye de progresser chaque jour.

Maintenant que tu as atteint ce niveau, en Championnat du monde, avec deux titres mondiaux décrochés en 2018 et 2024, qu’est-ce que tu dirais à la petite Ana qui faisait son entrée dans la cour des grands, en Moto3, il y a 13 ans ?

Je lui dirais qu’elle doit surtout profiter davantage de l’instant présent, de son parcours. C’est vrai que j’ai eu la chance d’évoluer longtemps au sein du Championnat du Monde, de me stabiliser un peu en tant que pilote, et finalement de vivre de ce sport. Mais c’est vrai aussi qu’à mes débuts en Championnat du Monde, je me mettais beaucoup de pression. Je n’étais jamais contente, surtout lors de ma première saison. J’ai plus souffert que je ne me suis amusée parce que j’en voulais toujours plus et je n’étais jamais satisfaite. Je ne profitais pas du fait d’être là, en Championnat du Monde, alors je lui dirais donc avant tout d’essayer de profiter un peu plus de ses débuts car, au final, passer de bons moments et s’amuser permet de réduire la pression et d’obtenir de meilleurs résultats.

Ana Carrasco, Corentin Perolari

Tu es la première femme titrée de l’histoire du Championnat du monde féminin. Quel rôle tu aimerais que celui-ci joue ? Un tremplin pour permettre aux femmes de rejoindre les autres championnats ou bien un championnat à part entière qu’il faudrait développer davantage ?

Je pense que ça dépend un peu de la vision de chaque pilote. Personnellement, je vois ce championnat comme une opportunité pour les pilotes compétitives d’accéder à d’autres catégories et de continuer à se former en tant que pilote. Bien sûr, le championnat va se développer et le niveau va monter en flèche, mais si on a soif de progrès, ça serait bien de chercher à passer dans d’autres catégories. J’ai discuté avec beaucoup de pilotes, et certaines filles considèrent qu’il s’agit d’un championnat à part entière, intégré au Championnat du Monde Superbike, et elles n’envisagent pas de changer de catégorie.

Je pense que c’est une question d’opinion et, au final, de choix personnel : comment chaque pilote évolue. Certaines préfèrent suivre des chemins différents, comme moi, qui ai gagné puis suis passée à une autre catégorie. D’autres souhaitent que le championnat continue de se développer. Les deux points de vue sont valables, et il est certain que le championnat progressera au fil des ans. Peut-être que d’autres marques rejoindront le championnat, et celui-ci va continuer à se développer.

Pour moi, c’est toujours bien d’avoir des alternatives, parce que ça donne aussi à beaucoup de gens l’opportunité de participer au Championnat du Monde, d’apprendre, de progresser. Ensuite, la voie qu’ils empruntent dépend en partie de leurs ambitions personnelles.

Ana Carrasco Ana Carrasco