Le week-end du Grand Prix de Thaïlande a laissé une image inhabituelle dans le paddock MotoGP : celle d’une équipe Ducati déstabilisée, incapable d’expliquer clairement ses difficultés. Habituellement imperturbable, le directeur sportif de l’écurie de Borgo Panigale, Davide Tardozzi, a lui-même reconnu son incompréhension lors d’un échange informel après la course.
C’est l’ancien pilote et consultant Neil Hodgson qui a dévoilé les coulisses de cette conversation dans le podcast Gas it Out. Selon lui, l’entretien hors caméra avec Tardozzi a révélé une situation étonnante au sein de Ducati.
« J’ai eu une très bonne conversation avec Davide Tardozzi après la course. Nous l’avons interviewé pour TNT Sports, mais il est resté un peu avec nous avant. Ce sont ces conversations, hors caméra, qui permettent d’obtenir des informations vraiment authentiques. »
Et ce qu’il a entendu l’a visiblement surpris.
« En gros, il a dit : “Nous sommes abasourdis, nous ne savons pas ce qui s’est passé cette semaine. Le week-end dernier, lors des essais, tous les pilotes ont fait des commentaires similaires, nous étions plutôt confiants, nous avions trouvé des solutions pour ce pneu, nous avions réussi à lui redonner un peu de longévité.” »
Le mystère est d’autant plus étrange que Ducati avait testé sur ce même circuit seulement une semaine plus tôt avec des sensations positives.

Des explications inhabituelles chez Ducati
Tardozzi aurait évoqué plusieurs facteurs susceptibles d’avoir perturbé l’équilibre des motos italiennes, notamment l’évolution des conditions de piste et la présence d’autres catégories utilisant des pneus différents.
« Nous sommes arrivés ici, littéralement une semaine plus tard, il y avait eu beaucoup de pluie – donc pas d’adhérence sur la piste, et quand on a les motos des autres catégories avec les pneus Pirelli, ça peut changer la sensation. »
Mais pour Hodgson, ces justifications étaient inhabituelles venant d’une équipe réputée pour sa maîtrise technique.
« Il a dit tout ça, et je me suis dit : “C’est bizarre, je n’ai jamais entendu personne chez Ducati utiliser cet argument, cette excuse.” »
Malgré ce week-end compliqué, Ducati reste toutefois l’un des grands favoris pour le titre. Mais une certitude est apparue à Buriram : Aprilia Racing est désormais un rival très sérieux.
Dans ce contexte délicat, Marc Marquez a pourtant été une nouvelle fois le pilote Ducati le plus compétitif. L’Espagnol a échoué à seulement quatre centièmes de seconde de la pole position de Marco Bezzecchi et semblait capable de viser la victoire en Sprint avant sa pénalité face à Pedro Acosta.
Mais derrière ces performances, Hodgson a perçu un détail inquiétant : le langage corporel du champion espagnol.
« Nous avons fait des remarques sur Marc Marquez lors des premières séances. Il n’avait pas l’air en forme du tout. Une partie du problème se situe encore au niveau de son épaule, ce qu’il a admis ouvertement. »
En le regardant piloter à Buriram, Hodgson a même eu une impression familière.
« C’était presque pénible de voir Marc à nouveau mal à l’aise. On sait ce qu’il a vécu, l’horreur qu’il a dû endurer. Ce sera un long processus de reconstruction pour lui. »
Entre les interrogations techniques de Ducati, l’ascension d’Aprilia et les incertitudes physiques autour de Marquez, le début de saison MotoGP laisse entrevoir un championnat bien plus ouvert que prévu.
Et à Buriram, pour la première fois depuis longtemps, Ducati n’avait tout simplement pas toutes les réponses.







