Moto GP
Publié le 31 octobre 2025 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP, Pol Espargaró balance : Ducati casse les prix des pilotes !

Pol Espargaró pointe du doigt l'impact négatif de la domination technique de Ducati sur les salaires des pilotes en MotoGP.

Pol Espargaró

Le pilote d’essai KTM, Pol Espargaró, n’a rien perdu de son franc-parler. Retiré du MotoGP en 2023 après un grave accident à Portimão, le Catalan a depuis trouvé une nouvelle mission : faire progresser la RC16. Mais dans le podcast Hospitality Motociclismo, il a livré une analyse lucide — et percutante — sur la domination actuelle de Ducati et ses conséquences sur tout le paddock.

Pol Espargaró ne tourne pas autour du pot : « ces dernières années, s’est développée la mentalité selon laquelle n’importe quel pilote peut bien performer sur une Ducati, que c’est une moto pour tout le monde. »

Selon lui, cette réputation — celle d’une moto “magique” qui s’adapte à tout le monde — a profondément modifié les rapports de force dans le paddock :

« En fait, ça fonctionne tellement bien que ça a fait baisser les salaires de tous les pilotes MotoGP, car ils veulent tous cette moto. Ducati fixe le prix du marché. Tous les pilotes veulent concourir avec cette moto ; ils savent qu’elle est rapide quel que soit le style de pilotage et quelles que soient les conditions. »

Une déclaration forte, qui illustre la puissance économique autant que technique de Borgo Panigale.

Le constat de Pol Espargaró est clair : Ducati est devenue victime de son propre succès en MotoGP. En dominant depuis trois saisons et en rendant sa moto “universelle”, la marque italienne a créé un phénomène de rareté qui renverse la logique du marché : ce ne sont plus les pilotes qui fixent leur valeur, mais les motos.

United : Marc et Alex Marquez

Pol Espargaró : « on verra quelle direction Ducati souhaite prendre : miser sur Marc Marquez ou admettre que la GP25 n’était pas parfaite »

Les places sur les Desmosedici sont devenues si convoitées que les constructeurs concurrents — KTM, Aprilia,Yamaha ou Honda — peinent à attirer de nouveaux talents.

Espargaró, en bon observateur du développement technique, pose la question qui fâche :

« On verra quelle direction Ducati souhaite prendre : miser sur un pilote comme Marc Marquez en conservant la moto de 2025 ou, avec un peu d’humilité, admettre que la moto de cette année n’était pas parfaite. »

Une phrase lourde de sens. Derrière le compliment à Marquez se cache une mise en garde : Ducati pourrait bien se reposer sur ses lauriers au lieu d’évoluer, au risque de tomber dans le piège de l’autosatisfaction technique.

À 34 ans, Pol Espargaró observe le MotoGP avec le recul d’un homme qui en a connu toutes les extrémités : les podiums, la douleur, la reconstruction. Sa vision est tranchante : le championnat est devenu une guerre d’ingénieurs plus qu’un duel de pilotes.

Et tant que Ducati conservera cette aura d’infaillibilité — et la capacité de “fixer le prix du marché” —, les autres constructeurs devront redoubler d’ingéniosité… ou d’humilité.

Pol Espargaró